Bientôt…la Comédie végétale !

5 février 2010

Bonjour!

Retrouvez moi sur mon site: delabotanique.com

et chaque mois, dans  magazine “Terre Sauvage” Rubrique “Bien-Etre”

Voilà quelques mois que le premier magasin d’herboristerie spécialisé est ouvert à CHAMBERY, au bout de la Place Saint Léger, comptoir ouvert sur la science, les hommes, la santé et la nature.

Dès que l’hiver va finir, la “comédie végétale” va pouvoir prendre place sur le théâtre de nos montagnes, avec toute la diversité et la légèreté de l’univers multiple des végétaux. C’est à cette grande fête que je vous convie, au gré des saisons et des découvertes, en compagnie des cueilleurs , des connaisseurs, des utilisateurs et des amoureux des plantes.

Je vous invite au babillage et à l’échange des savoirs à ce propos, dans tous les aspects de la connaissance médicinale, de l’ethnobotanique, des remèdes et des histoires de grand-mères, voire de la poétique et de la philosophie du monde végétal.

A très bientôt!

Yves YGER, Docteur en Pharmacie

1 rue des Nonnes 73000 CHAMBERY

Dent de Chien!

6 avril 2010

Il y a des enchanteurs.
Il nous avait parlé de cette fleur comme on murmure un mot d’amour. Elle poussait, disait-il, au dessus de l’abbaye, dans les boisés qui dominent le  grand Lac, et il était temps d’aller lui donner politesse.
L’Erythrone Dent de Lion! Quelques rares “stations” en Savoie et dans l’Ain, une floraison à l’aube du printemps et puis elle disparait sous les feuilles.
En ce dimanche au ciel de bure, nous, les pélerins de l’inutile, les premiers croyants de la forêt,  les lutins anachorètes, laissant des mots sur le chemin en manière de cairns, marchons avec ferveur vers l’amie espérée.

Elle est au rendez vous, évidemment, et nous arrivons, timides, respectueux, marchant avec délicatesse sur l’humus feutré de l’encore-hiver.  De la clairière, d’abord éparse,  elle nous accueille et nous guide vers un épaulement  de futaie qu’elle habite avec frénésie:  tapis sorcier, ressac d’harmonies mauves et douces, éternité des évidences. Il y a des dialogues secrets avec la dame du bois, et leur richesse nous nourrit; elle nous parle de l’histoire du ciel, de la neige qui reviendra et des musiques du vent de l’Est.  Elle sourit à son nom d’Erythrone, en aurait préféré un plus léger, plus aérien, plus futile. Erythrone sonne lourd et vieille noblesse.  Réservée, elle nous regarde de côté, cachant gracieusement son innocence vers la Terre, protégeant son coeur des froidures.  Complices , presqu’amoureux , nous comprenons le langage des étoiles.

Nous avons l’honneur immense d’avoir vu l’Erythrone.

d’un long sommeil…

4 mars 2010

la potentille était écrasée de douleur; d’avoir tant porté la neige l’a épuisée. Aplatie, meurtrie par le temps glaciaire, et en même temps protégée des froids extrèmes, elle a hiberné en silence. Lorsqu’elle réapparait au soleil, presqu’aussi verte qu’au dernier automne, elle ne se pavane pas, non, mais en humble personne, elle se tait et tente de reprendre souffle. Réapprendre le jour, sa rondeur, son cliquetis et ses rites. La potentille, au nom de soleil, nous jouera du Rameau dans quelque temps. Pour le moment, elle essaie de se redresser péniblement, réapprendre la verticalité de la vie, celle qui permet d’avancer et de croître. Elle parlera plus tard.

un espoir de printemps

18 février 2010

Comme un espoir de printemps…

J’ai bien senti qu’il se passait quelque chose dans l’air. En descendant de mes montagnes de Chartreuse à Chambéry, l’air n’était pas le même. Le grand froid de ces derniers temps lâchait prise, comme s’il se savait certain de sa défaite. Une pensée pour Rousseau au carrefour des Charmettes: il faudra que je rende bientôt visite au cher jardin du Maître, comme à chaque printemps. Le printemps, bientôt.

Là haut, pourtant , tout dort encore. Même les bourgeons de frêne n’ont pas vibré, ils se taisent dans la petite mort de l’hiver. La voisine m’a signalé qu’une primevère de son jardin avait osé défier la neige: quelle prétention! Je guette silencieusement l’éveil, vérifiant mes appeaux à fleurs, dépoussiérant mon Bonnier depuis longtemps inutile, affutant mon crayon de botaniste mine HB, rêvant à des intrigues végétales improbables. Je sais que la première, l’exploratrice, l’insouciante sera le tussilage. Tussilago farfara, le nom commence en mélodie tzigane et finit en fanfare. Monsieur Tussilago, sa cape d’écailles poilues, son capitule solaire et son arrogance. Farfara, comme une clique joyeuse et une claque à la neige fondante. Dès les premières terres découvertes, il envahit les talus en urgence, jouant de sa trompette dorée le retour de la lumière.

Et pourtant le tussilage est un humble, un simple, un fragile. Il a les pieds dans la glaise, la fange et il reste élégant, gentleman.Le cueillir est un art, car sa poussée si rapide oblige à être là au bon moment, sitôt l’éclosion du chapeau, voire un peu avant si possible.      On s’amuse à le surnommer” Pas d’âne”,  ou  “racine de peste”. Pourtant “Tussilage” est un joli nom, imposant le respect et la grandeur d’esprit. On imagine un beau penseur, une plante savante, silencieuse et réfléchie. Le tussilage est simplement discret, volatile, léger et utile.  Pour la toux, bien sûr (il “lâche” la toux: toussi-lâche…), mais aussi plus trivialement pour le confort des pieds des travailleurs, en bains astringents et reconfortants, surtout pour l’entourage… J’aime le tussilage ami des chaussettes prolétariennes et allié des couples en souffrance.

J’attends avec patience .


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