un espoir de printemps
Jeudi 18 février 2010Comme un espoir de printemps…
J’ai bien senti qu’il se passait quelque chose dans l’air. En descendant de mes montagnes de Chartreuse à Chambéry, l’air n’était pas le même. Le grand froid de ces derniers temps lâchait prise, comme s’il se savait certain de sa défaite. Une pensée pour Rousseau au carrefour des Charmettes: il faudra que je rende bientôt visite au cher jardin du Maître, comme à chaque printemps. Le printemps, bientôt.
Là haut, pourtant , tout dort encore. Même les bourgeons de frêne n’ont pas vibré, ils se taisent dans la petite mort de l’hiver. La voisine m’a signalé qu’une primevère de son jardin avait osé défier la neige: quelle prétention! Je guette silencieusement l’éveil, vérifiant mes appeaux à fleurs, dépoussiérant mon Bonnier depuis longtemps inutile, affutant mon crayon de botaniste mine HB, rêvant à des intrigues végétales improbables. Je sais que la première, l’exploratrice, l’insouciante sera le tussilage. Tussilago farfara, le nom commence en mélodie tzigane et finit en fanfare. Monsieur Tussilago, sa cape d’écailles poilues, son capitule solaire et son arrogance. Farfara, comme une clique joyeuse et une claque à la neige fondante. Dès les premières terres découvertes, il envahit les talus en urgence, jouant de sa trompette dorée le retour de la lumière.
Et pourtant le tussilage est un humble, un simple, un fragile. Il a les pieds dans la glaise, la fange et il reste élégant, gentleman.Le cueillir est un art, car sa poussée si rapide oblige à être là au bon moment, sitôt l’éclosion du chapeau, voire un peu avant si possible. On s’amuse à le surnommer” Pas d’âne”, ou “racine de peste”. Pourtant “Tussilage” est un joli nom, imposant le respect et la grandeur d’esprit. On imagine un beau penseur, une plante savante, silencieuse et réfléchie. Le tussilage est simplement discret, volatile, léger et utile. Pour la toux, bien sûr (il “lâche” la toux: toussi-lâche…), mais aussi plus trivialement pour le confort des pieds des travailleurs, en bains astringents et reconfortants, surtout pour l’entourage… J’aime le tussilage ami des chaussettes prolétariennes et allié des couples en souffrance.
J’attends avec patience .

